Je me suis proposée , dans cette communication, de m’arrêter sur un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre en France, en Belgique et au Canada, mais qui, chez nous, n’a été encore développé par aucun spécialiste en linguistique française. Il s’agit notamment du dernier type de communication écrite apparu, il y a une vingtaine d’années, à cause de ce besoin d’urgence à communiquer qui caractérise la société humaine moderne, à savoir la communication électronique. Mais je dois faire ,dès le début, la remarque que je ne me bornerai qu’à une seule forme langagière de ce type de communication, à savoir le message SMS, pour la simple raison que le chat et le mél présentent presque les mêmes caractéristiques et qu’ils font déjà un objet de recherche. Une autre remarque serait le fait que toute ma recherche s’appuie sur des considérations théoriques et sur un corpus uniquement français parce qu’il me semble que sur ce terrain ce type de message est plus intéressant à analyser.
Pour ce qui est des sources bibliographiques consultées en vue d’entamer cette recherche, je cite d’abord l’ouvrage " La cyberl@ngue française", paru en février 2002 aux éditions La Renaissance du Livre, écrit par une auteure belge, âgée de 27 ans, Aurélia Dejond, livre disponible chez nous aussi; ensuite un article de Jacques Anis, professeur de linguistique et de sémiologie à l’Université de Paris-X Nanterre, qui s’appelle "Communication électronique scripturale et formes langagières: chats et SMS", qui n’est disponible que sur le site de l’Université de Paris-X ( www.u-paris10.fr); et d’autres articles en ligne, disponibles seulement sur l’internet.
En fin de compte, je dois préciser que mon corpus de messages SMS sur lequel j’ai travaillé est composé d’exemples pris aux ouvrages et aux articles cités ci-dessus, à l’internet , à certains amis français et quelques-uns des exemples m’appartiennent.
2.Du langage jeune au langage cyber
Pour arriver à définir ce concept linguistique nouveau, il faut remonter à la distinction classique entre langue et langage. On dit assez souvent de nos jours que les jeunes ont leur propre langage et je dois souligner qu’il s’agit bien d’un langage et non pas d’une langue. Car ces deux termes , contrairement aux apparences, ne sont pas synonymes. Cette distinction entre langue et langage , il faut la chercher dans le " Cours de linguistique générale" de F. de Saussure. Selon ce linguiste, la langue ne se confond pas avec le langage, elle n’est qu’une partie - essentielle - , à côté de la parole, du langage, est un produit social de la faculté de langage , une convention ou un ensemble de conventions adoptées par les membres d’une communauté. C’est l’existence de la langue qui permet l’existence de la faculté de langage et c’est la faculté de langage qui va permettre de constituer une langue. Les jeunes continuent à utiliser la langue française. Certes, ils lui font subir nombre de contorsions, mais pas plus que les médecins, les psychologues, les psychiatres ou les pédagogues, lorsqu’ils se parlent entre eux. Le langage jeune est une des multiples façons de se servir de la langue. Une langue fonde l’identité , mais un langage peut lui aussi, à l’intérieur d’un groupe linguistique, soutenir une revendication d’identité. C’est le cas, par exemple, des jeunes des banlieues, qui utilisent des expressions inconnues aux autres milieux, et pour lesquels le français académique enseigné à l’école est ressenti comme la langue du pouvoir et de l’autorité.
On sait que le propre du langage, est d’évoluer et de créer du nouveau, car, selon Saussure, " le temps change toute chose: il n’y a aucune raison pour laquelle la langue échappe à cette loi universelle". Et c’est à partir de cette phrase qu’Aurélia Dejond pose le problème de l’apparition du langage cyber. Ce nouveau langage qui s’est créé depuis l’avènement de l’internet et son utilisation par un plus grand nombre d’adolescents, apparaît comme nécessaire pour notre société , en traduisant un besoin, une envie de communiquer autrement. Ce cyberlangage ou langage cyber n’est pas une sous-langue, mais un langage parallèle dans le sens que l’écrit virtuel complète le français traditionnel et en aucun cas ne vise à le remplacer. Il s’agit donc d’un complément consacré à certains supports, dont le Net et le téléphone portable aussi.
La communication électronique n’est en fait que la cybercommunication: "Il s’agit d’échanges dont les messages, affranchis des supports matériels habituels de l’écriture grâce à des codages numériques, sont véhiculés par des réseaux télématiques – mot-valise créé pour désigner l’alliance de l’information et des télécommunications - , qui peut s’appliquer aussi bien à l’internet qu’à la téléphonie mobile"(Anis,2004). Autrement dit, le terme électronique généralise celui qu’on trouve dans electronic-mail ( ou courriel électronique), qui a servi de modèle pour une profusion d’autres termes associés le plus souvent à l’internet, mais pas obligatoirement.
Pour être plus précise, le terme de communication électronique englobe deux types de communication:
3.Le SMS : C Koi 7 drole 2 langaG ?
Les SMS ( ou Short Messaging Service), appelés aussi textos, sont des mini-messages qui s’affichent sur les écrans des téléphones mobiles et qui sont limités pour le moment à 160 caractères. Il semble bien que les jeunes sont les premiers et les plus fidèles adeptes de ces mini-messages qui représentent pour eux un moyen d’expression à part entière.J. Anis appelle ce phénomène "l’engouement des jeunes".
La cause de ce succès auprès des jeunes est que le SMS (ou le texto, terme préféré par les Français) permet à l’adolescent d’avoir un échange qui va rester strictement confidentiel et dans lequel le reste de la famille ne pourra interférer.Et puis, le SMS, c’est tout de suite et maintenant. De plus, la rédaction de ces mini-messages est un vrai plaisir en soi, plaisir de trouver le mot juste, de jouer avec les mots, de formuler des phrases courtes pour dire l’essentiel, mais cependant cette recherche du plus court vient en contradiction assez souvent avec le respect de l’orthographe soutenu par les enseignants et par les parents. Les textos s’apparentent aux codes secrets que chacun crée dans son enfance. Avec ces mini-messages, de nouveaux codes apparaissent qui ont pour conséquence directe d’enfermer le groupe dans un langage interdit à d’autres, tout comme le patois, l’argot ou le verlan. C’est l’opinion des linguistes, mais on verra que ce n’est pas du tout le cas pour ce nouveau code linguistique. Les ados ( les adolescents) qui communiquent ainsi sont le produit d’une scolarité traditionnelle. Pour que ce jeu avec les messages ait quelque saveur pour eux, ils doivent prendre de la distance par rapport à l’écrit canonique, traditionnel, normé, être en rupture avec. Ils développent ainsi une certaine capacité de créativité. Pour mettre l’accent sur la créativité des textos, il faut dire ,dès le début, que ces jeux graphiques se ressemblent à l’écriture pratiquée par un Raymond Queneau ( dans Zazie dans le métro) , par un Georges Perec , par les poètes surréalistes ou par les membres de l’OULIPO (acronyme de l’Ouvroir de Littérature Potentielle, groupe fondé au début des années '60 par R.Queneau, pour explorer les possibilités littéraires de l’écriture, par un travail sur la matérialité des textes écrits). Ainsi, les distorsions orthographiques des textos, nées surtout d’un désir ludique des jeunes, exploitent la fonction poétique du langage, mise en évidence par le linguiste R. Jakobson.
Mais comment caractérise le linguiste J. Anis, spécialiste en communication électronique, ces mini-messages? Selon lui (2004), on a affaire à un espace privé, comparable à la correspondance épistolaire et à la communication téléphonique. Il s’agit d’une communication entre des individus qui se connaissent déjà et qui ont un certain niveau d’intimité. Le régime temporel est le différé, mais, dit-il, "une quasi-immédiateté est visée pour la lecture du message et une réponse est attendue dans de brefs délais". Il souligne aussi que les textos ont une synchronicité virtuelle, qui peut être actualisée si le destinataire est accessible et disponible en même temps. La saisie se fait généralement à partir du clavier du téléphone mobile, et je dis généralement, parce que l’on peut les écrire aussi à partir du clavier de l’ordinateur et les envoyer par internet.
L’idée d’un langage SMS ou langage texto a été popularisée par de nombreux articles de presse, par des ouvrages de vulgarisation comme ceux d’A. Dejond ou de J. Anis ( Parlez-vous texto?Guide des nouveaux langages du réseau, 2001), par des publications scientifiques et par les campagnes publicitaires lancées par les compagnies de téléphonie mobile, telles Bouygues Télécom , Orange, SFR. Ce langage texto ne représenterait qu’une autre variété du français écrit, appelé par certains le parlécrit, c’est-à-dire un écrit :
1. brut, sans relecture;
2. familier;
3. affectif, l’expression des sentiments favorisant le relâchement du contrôle);
4. ludique, s’exprimant par les jeux des mots, par la néographie);
5. socialisant, c’est-à-dire dominance de la fonction phatique dans les messages, partage de codes communs).
Tout comme le remarque J. Anis , ce parlécrit se compose "d’une série de procédés qui ne peuvent pas être utilisés de manière systématique car les repères de lecture et d’écrire seraient alors totalement perdus. Ces procédés sont empruntés à divers modes d’écriture de différentes civilisations parmi les plus anciennes et les plus fertiles intelectuellement"(2001)
4.Décoder le langage texto
Pour arriver à décoder (ou à décrypter) ce type de langage jeune, il faut faire appel aux dicos SMS disponibles dans les centres de vente des téléphones mobiles, mini-dictionnaires qui contiennent des traductions des formes linguistiques employées dans la création d’un mini-message. Maintenant , je dois m’arrêter à une analyse détaillée de ces formes linguistiques pour pouvoir enfin y voir la nouveauté de ce langage.
A. Les néographies ou toutes les graphies s’éloignant de la norme orthographique. Il y a plusieurs types de néographies:
1. Les graphies phonétisantes, qui se caractérisent par:
· réductions graphiques ( soit abrégement en caractères, soit sélection de graphies supposées plus proches du phonétisme):
- réduction du QU à K
ex. qui = ki
que = ke
quelle = kel
quoi = koi, kwa, koua
- substitution de K à C, et de Z à S
ex. comme = kom
bises = biz
- chute des E instables
ex. douche froide = douch froid
vite = vit
- chute des mutogrammes ( consonnes muettes ) en finale
ex. cours = cour
salut = salu, sal
-simplification des digrammmes et des trigrammes
ex. aussi = ossi
vraiment = vrement
beau = bo
- combinaisons des deux phénomènes
ex. jamais = jame ( chute de la mutogramme en finale + simplification de
digramme)
Ces phénomènes de simplification touchent aussi la morphologie verbale:
ex. ca me fe ( fait ) plaisir ke t’e ( ais ) pense a moi
- déconstruction de OI
ex. moi = moua , mwa
- emprunt du digramme OO de l’anglais
ex. bisous = bizoo
- réduction avec compactage ( soudure de mots) , lequel fait disparaître
les frontières de mots et évoque le mot phonique ( les traits d’union et les apostrophes disparaissent ex. qu’est-ce que = keske
je suis = jsui, Gsui
je t’aime = jtem, GTM
• réductions avec variantes phonétiques
- variantes vocaliques ou semi-vocaliques
ex. quoi = koa
coucou = kikoo
- écrasements phonétiques
ex. je sais = chais
2. Les squelettes consonantiques
On sait depuis longtemps que les consonnes ont une valeur informative plus forte que les voyelles. Le mot français écrit est fortement charpenté autour des consonnes, dont certaines n’ont pas de contrepartie phonique, c’est-à-dire ne se prononcent pas. Ainsi, les consonnes retenues sont la première et la dernière, et les consonnes en position faible dans les groupes consonantiques (consonne + L, R, H en début de syllabe; N, M + consonne en fin de syllabe ) sont éliminées.
ex. tout = tt
dans = ds
toujours = tjs
longtemps = lgtps
vous = vs
3.
Les syllabogrammes et la technique du
rébus
On écrit comme on parle. Les lettres et les chiffres sont utilisés pour la valeur phonétique de leurs noms, sans tenir compte des frontières de mots . ex. elle = L
c’est, sais, sait, s’est = C
j’ai = G
énervé = NRV
occupé = OQP
à bientôt = abi1to
demain = 2m1
Quand les chiffres sont utilisés pour transcrire un mot entier, on est proche du logogramme ou signe-mot.
ex. quoi de neuf? = koi 2 9?
4.Les logogrammes et
paralogogrammes
On trouve des logogrammes stricto sensu ( symboles uniques, souvent empruntés aux écritures scientifiques, qui peuvent être engendrés à partir des séquences alphabétiques mais dont la relation avec celle-ci passe au second plan).
ex. deux = 2
plus = + ( À plus = a + )
Le mot est réduit à l’initiale.
ex. je = j
Alors que les sigles sont réservés à la dénomination d’entités dans les domaines spécialisés, ils sont ici utilisés pour remplacer des syntagmes prépositionnels ou même des énoncés entiers. Certains sigles sont empruntés à l’anglais, d’autres sont plus français.
ex. LOL = laughing out loud ( je rigole )
IMO = in my opinion ( à mon avis)
MDR = mort de rire
Le phénomène de siglaison n’est pas contemporain. Il existait dans les oriflammes de la Rome antique ( SPR = Senatus Populusque Romanus ) et a été repris ensuite par Apollinaire dans "Calligrammes", par les membres de l’OULIPO , par Michael Polnareff ( LNAHO = Hélène a chaud ).
5. Les étirements graphiques ou le recours à la démultiplication des voyelles afin d’y lire l’émotion – l’euphorie ou la tristesse - .Dans les SMS, ce type de néographie est utilisée assez rarement à cause de l’espace limité à 160 caractères.
ex. je t’aiiiiiiiiiiimmeeeeeeeeeeeeeee!!!!!
B. Les particularités morpho-lexicales
1. La troncation
C’est un phénomène qui consiste à supprimer des parties de mots. Si l’on supprime une ou plusieurs syllabes à la fin du mot, on a affaire à l’apocope , et si l’on la / les supprime au début du mot, le phénomène s’appelle l’aphérèse. Ce phénomène n’est pas nouveau. Bien avant, les petites annonces et les télégrammes, et ensuite l’argot, ont fait recours à ce procédé de suppression pour des raisons d’économie de place et d’argent.
ex. ordinateur = ordi ( apocope )
salut = lut ( aphérèse )
2. Les anglicismes
Ce sont des emprunts de mots à l’anglais, très fréquents dans la langue française. Si dans le langage ordinaire, le recours aux anglicismes est plutôt de l’ordre du snobisme, dans la communication électronique , il traduit plutôt une marque d’appartenance à une communauté qui a envie de se comprendre. En plus, A. Dejond souligne le pouvoir de fascination qu’exerce ce recours aux anglicismes sur les jeunes, pouvoir qui se brise dès que le mot ou le sigle anglais est expliqué ou traduit en français.
ex. F2F = face to face ( face à face ou rendez-vous )
B4 = before ( avant )
CUL8R = see you later ( à demain )
Kisses = bises
Si certains linguistes voient dans cet emprunt à l’anglais une source de perversion et de déterioration du français, d’autres, comme J. Anis ou H. Walter, y voient un enrichissement de la langue française, car ces deux langues entretiennent des rapports depuis plus de mille ans.
3. Le transfert de classe ou la confusion entre les catégories grammaticales ( un substantif devient adjectif, un verbe est substantivisé, un adverbe est pris comme adjectif etc.) :
ex. c’est limite ( C limite ) = c’est limité
À part tout cela, les textos ne peuvent pas être complets si l’on n’y ajoute des smileys ( ou binettes, pictogrammes, émoticônes ). En fait, ces émoticônes , ces petits visages expressifs qui se composent à l’aide des signes du clavier pour schématiser les expressions du visage et pour donner vie aux émotions les plus diverses, humanisent le message écrit. Pour les comprendre, il ne faut que tourner la tête à 90 degrés vers la gauche pour reconnaître chaque visage.
ex. :-) = le sourire
: - )) = large sourire
: - ( = la tristesse
: ' – ((( = crise de larmes
5. À propos du premier livre écrit de A à Z en langage
SMS
Au début de cette année, les Français ont pu voir dans les librairies un roman policier écrit par Phil Marso et intitulé "Pa Sage a Taba" (Passage à tabac ), qui n’était pas rédigé dans la langue qu’ils connaissaient. Et cela parce que ce polar est le premier livre français écrit entièrement en langage SMS. Il a un but pédagogique en mettant en garde les jeunes Français contre les méfaits du tabagisme. Mais, en même temps, l’auteur a choisi ce style d’écriture pour toucher les nuls en orthographe, les collectionneurs de zéros en dictées, pour leur montrer que l’un des avantages de l’écriture traditionnelle est qu’elle permet une lecture rapide et que la pratique du SMS suppose avant tout la transformation d’une orthographe que l’on connaît déjà ou l’on est supposé la connaître. "C’est une méthode expérimentale pour les enfants qui collectionnent les zéros en dictée. J’étais moi-même dans ce cas-là", déclare P. Marso. L’auteur confesse qu’il a eu du mal à commencer le roman parce qu’il ne connaissait pas du tout ce type de langage propre aux ados. Il a dû se servir de lexiques trouvés sur l’internet et demander conseil auprès d’adolescents, lui qui est l’un des organisateurs de la Journée planétaire sans téléphone mobile ( le 6 février ).
Voilà un extrait du roman et sa traduction en français traditionnel:
" 3h mat’ … La f1 me gayte. 3j, emûRé ds lê WC. JaV bo écout’ la FM, person ne tchat sur moa. Lol! Soud1! 1 brui me fè bondir 2 la kuvett dê WC. J rêv? Le mÛr Cfondra sous 1 AVALanch 2 kou 2 pioch. Le boss m’1tRpèl:
( 3h du matin…
La faim me guette. Trois jours emmurés dans les wc, j’avais beau écouter la
radio, personne ne parlait de moi. Ah! Soudain! Un bruit me fait bondir de la
cuvette des wc. Je rêve? Le mur s’effondra sous une avalanche de coups de
pioche. Le patron m’interpelle: )
- John Wilson Bred, j vs chRch partt.
( - John Wilson Bred, je vous cherche partout.)
- Moa pa!
( - Moi, pas!)
- G bes’1 2 vs.
( - J’ai besoin de vous)
- PRméT, jtRmine ce ke G à fR.
( - Permettez, je termine ce que j’ai à faire)
- OK! 5 mn’, pa +.
( - D’accord, 5 minutes, pas plus)
- Mafoin, vs êt’ venu me coler 1 mRd’2+?
( - Mafoin, vous êtes venu me coller une emmerde de plus?)
- Dpêch’ vs!
( - Dépêchez-vous!)
- Minut’!
( - Minute!)
3h 30. On me trèna jusq 2vant le KomissR. Mafoin, m’expliK!
( 3h30. On me traîna jusque devant le commissaire. Mafoin, m’explique!)
- A 0h00, on a séré 1 typ avk un s@k-poubel.
( - À minuit, on a coincé un type avec un sac-poubelle.)
- KL è le bl?
( - Quel est le problème?)
- Le s@k kontenet 100 mégo 2 6garett.
( - Le sac contenait cent mégots de cigarettes.)
- C 1 Dli, Mafoin?
( - C’est un délit, Mafoin?)
- Yes! On le plankè 2 pui 1 moa.
( - Ouais! On le planquait depuis un mois!)
- J’voa, il è sous Big BrÔther médikal!
( - Je vois, il était sous surveillance médicale.)
- Xact!
( - Exact!)
- Vs avé peur pr son bult’1 2 sanT, Mafoin?
( - Vous avez peur pour son bulletin de santé, Mafoin?)
- Ns pensions kil krake to ou tar.
( - Nous pensions qu’il craque tôt ou tard.)
- É alor?
( - Et alors?)
- Il è en gard’à-vu 2pui 24h. É @ notre + grande surprize, il na montré ok1 sign 2 DpendanC à la 6garett!
( - Il est en garde à vue depuis 24 heures. Et à notre plus grande surprise, il n’a montré aucun signe de dépendance à la cigarette.)
- pE –tre kil a aré TC conries 2 délinkanC tabagik?
( - Peut-être qu’il a arrêté ses conneries de délinquence tabagique?)
- On ne voudrè pas le relHé ds la nature Komca, JWB.
( - On ne voudrait pas le relâcher dans la nature
comme ça.)
- Ça vs NRV lê keum ki rSpir la sanT, vs lê keufs?
( - Ça vous énerve les types qui respirent la santé, vous les flics?)
- No! On voudrè êtr’ sûr kil è gayri.
( - Non, on voudrait être sûr qu’il est guéri.)
- Mafoin, le Jour où vs seré sorti d’afR ce sera lê 2 pieds ds la tomb. Pr l’1stant,vs êt’ en sur6.
( - Mafoin, le jour où vous serez sorti d’affaire, ce sera les 2 pieds dans la tombe. Pour l’instant, vous êtes en sursis.)
- John! J voudrè ke vs interroG le susP. Le proQreur a prolonG 2 24h la gard’a-vue.
( - John! Je voudrais que vous interrogez le
suspect. Le procureur a prolongé de 24
heures la garde à vue.)
- Cnè pa mon taf 2 Dtektiv.
( - Ce n’est pas mon travail de détective.)
- Ça lè, à partir 2 m’1tenant.
( - Ça l’est à partir de maintenant.)
- Jvoa. Vs konté sur moa pr le griyé à ptit feu?
( - Je vois. Vous comptez sur moi pour le griller à petit feu?)
- Pk pas?
( - Pourquoi pas?)"
6. En guise de conclusion
L’apparition d’un nouveau code linguistique entraîne d’habitude l’exclusion du groupe qui se soude autour de lui de ceux qui en ont d’autres, parce que le code linguistique fonctionne a l’intérieur d’un groupe et renforce le sentiment d’appartenance. Le langage cyber a ceci de particulier qu’il ne vise pas à exclure, mais, au contraire, à rassembler les non-initiés. Même si ce langage SMS a été et continue à être très prisé par les ados, il commence à être utilisé par les adultes aussi, à cause du même besoin d’immédiateté. Et , en plus, il est confidentiel, intime, familier, spontané, éphémère, recquiert moins d’effort et dit le maximum de choses en un minimum d’espace et parfois de temps. Cet "écrit oralisé" ou "parlécrit" n’est pas statique; il bouge et se transforme selon l’imagination de chacun d’entre nous. Il est né du désir de communiquer autrement dans un monde qui est, tout le temps, à la recherche du nouveau.
Anglais francisé, prédominance du langage phonétique, support écrit mais oralisé, onomatopées, néologismes, abréviations, ellipses, émoticônes, renversement de la syntaxe, de la grammaire et de l’orthographe, emprunts à l’argot, ponctuation minimaliste. Voilà autant d’aspects qui caractérisent le langage SMS.
Les spécialistes en communication électronique s’accordent à dire qu’il s’agit d’un nouveau langage, qui est le résultat de l’évolution de la langue française, un français écrit spécialisé, qui ne menace pas l’acquisition de l’orthographe par les jeunes.Ceux-ci jouent seulement avec l’orthographe, à la maniere d’un Perec ou d’un Queneau. Mais on peut se poser des questions si l’on observe que les jeunes l’utilisent de plus en plus fréquemment à l’école. "Quelqu’un qui ne maîtrise pas l’orthographe peut être déstabilisé par une multitude d’écritures parallèles. Autrement dit, pour se permettre des écarts, mieux vaut avoir une bonne connaissance de l’orthographe traditionnelle", remarque Daniel Elmiger, collaborateur scientifique à l’Université de Neuchâtel. Et, à mon avis, le risque d’une perte du sens orthographique est plus grand si les enfants d’école élémentaire, en phase d’acquisition de l’orthographe, abusent des mini-messages . Parce que commencer à écrire, dès cet âge, "il fo" à la place de "il faut", c’est faire fi d’un système graphique qui permet de subtiles distinctions grammaticales, lexicales, sémantiques, fruits d’une longue sédimentation des règles du bien écrire le français.
7.Corpus SMS
1. coucou Romain!JeC Ke tu me ment!JeC Ke Sarah ne pe pa me blere eske 2m1 Tu lui 2mande pourkoi l me fai la gueule? Sarah te le dira a toi!L parle 2 Moi en cour
(Coucou Romain! Je sais que tu me ments! Je sais que Sarh ne peut pas me blesser. Est-ce que demain tu lui demanderas pourquoi elle me fait la gueule? Sarah te le dira, à toi! Elle parle de moi en cour.)
2. kesse tu fa bo-T? Moi chu a biblio. Cé nice. P-e on va se voir samedi. TK le cour est presque fini fake t’embrasse fort fort fort.
(Qu’est-ce que tu fais, beauté? Moi, je suis a la bibliotheque. C’est bien. Peut-être on va se voir samedi. En tout cas, le cours est presque fini. Ça fait que je t’embrasse fort fort fort )
3. Je v o sport dans une demi heure. Tu v une douch froid G te kisse. Paul
(Je vais au sport dans une demie heure. Tu vas prendre une douche froide? Je t’embrasse. Paul)
4. T Relou.Kass toi!A+ - et la réponse - TGNial. Je T’M
( T’es lourd. Casse-toi .À plus!) ( Tu es génial. Je t’aime) 5. Jean e a lhopital, chuis sure kil va sen tire che pas quand jaurai locasion d’aler le voir tu y es passe? Si oui tu las trouve com1?
( Jean est à l’hôpital, je suis sûre qu’il va s’en tirer. Je sais pas quand j’aurai l’occasion d’aller le voir. Tu y es passé? Si oui, tu l’as trouvé comment?) 6. G 2manD a JO de passer te chercher.pcq ns allons dine 1 vile, au resto la frit dor.a + tard, C.
( J’ai demandé à Jean de passer te chercher, parce que nous allons dîner en ville, au restaurant La Frite d’Or. À plus tard, Cédric) 7. Suis pas en forme 2day, G manK dNRG, C fou! Donc on sortira 2m1 souar! T’es d’ak? Lucas
( Je suis pas en forme aujourd’hui, je manque d’énérgie, c’est fou! Donc on sortira demain soir1 Tu es d’accord? Lucas) 8. Lut Jac. Y’a pas eu cour, j’le saV, cette prof avait l’R malade!!!Mdr!!! A 2M1!
( Salut Jacques. Il y a pas eu de cours , je le savais, cette professeur avait l’air malade.!!!Je suis mort de rire!!! À demain!) 9. Tu veux ke je passe te chercher pr aler au cine? Reponds-moua vit!Nicolas
( Tu veux que je passe te chercher pour aller au cinéma? Réponds-moi vite.Nicolas)
10. Sa t’1TRS 2 venir avec ns a la mer ce we? Reste 1 place ds auto.Reponse vite!
( Ça t’intéresse de venir avec nous à la mer pour cette fin de semaine? Il reste une place dans la voiture. J’attends une réponse vite!) 11. T naz de pa etre venu a la swaree!!! C nuL. T’aurais pu prevenir!
( Tu es naze de ne pas être venu à la soirée. C’est annulé. Tu aurais pu me prévenir.) 12. T ou? On te cherche partt! On va commencer a diner sans toua .Atends reponse! Vit!
( Tu es où? On te cherche partout! On va commencer à dîner sans toi. J’attends une réponse! Vite!) 13. Trop KC 2day, am a K7 Piz ce soir. Dak?
( Je suis vraiment trop fatigué aujourd’hui.À mon avis, ce soir, ce sera une cassette vidéo et une pizza. D’accord?) 14. G + de tps la sem proch, Ta K PaC jeudi am biz.
( J’ai plus de temps la semaine prochaine, t’as qu’à passer jeudi après-midi.bises) 15. LS tomB J V te leC je VO 6ne T pa fHe? Je t’aaaaaaaimeeeee!!!
( Laisse tomber, je vais te laisser: je vais au cinéma! Tu n’es pas fâchée? Je t’aime.) 16. Rv 2m1 9h buro pr reunionavec ttlm! A l’heure svp pcq C tres important. BAV
( Rendez-vous demain à 9 heures au bureau pour une réunion avec tout le monde.À l’heure indiquée s’il vous plaît parce que c’est très important. Bien à vous.) 17. Ca me fe plaisir ke t’e pense a moi. A+!
(Ça me fait plaisir que tu ais pensé à moi. À plus!) 18. Tjs en F2F, reviens B4 reunion, tres importante IMO!Retard eventuel,TTYL, a +
( Je suis toujours en rendez-vous, je reviendrai avant la réunion, très importante, à mon avis. Je serai peut-être en retard, on se parle plus tard / talk to you later. À plus tard!) 19. Diner de ce soir annule, je te retrouve donc bcp+ tot que prevu : - )
( Le dîner de ce soir est annulé, je te retrouve donc beaucoup plus tôt que prévu) 20. Bravo pr votre intervention ce matin a l’assemblee generale! Vs avez fe grande impression!:- )))
( Bravo pour votre intervention ce matin à l’assemblée générale! Vous avez fait grande impression!)
8. Orientations bibliographiques
Anis, Jacques (2004), Communication électronique scripturale et formes langagières: chats et SMS, article en ligne disponible sur le site internet: www.u-paris10.fr
Dejond, Aurélia (2002), La cyberl@ngue française, Éd. La Renaissance du Livre
Gilder, Alfred (1993), Et si l’on parlait français?, Éd. Le Cherche Midi
Goudaillier, Jean-Pierre (2001), Comment tu tchatches! Dictionnaire du français contemporain des cités, Éd. Maisonneuve et Larose
Kelvennec, Yann (2004), "SMS… Le français du futur?", in EKWO, no. 6
Langue française (1997), no. 114, "Les mots des jeunes"
Marty, Nicole (2001), Les textos, un danger pour l’orthographe? , article disponible sur le site internet www.enseignants.com
Maziers, Amadine (2002), 2vine dou G cri?, article disponible sur le site www.lalibre.be
Mundschau, Laurence (2000), L’art du parlécrit, article disponible sur le site www.lalibre.be
À consulter aussi la revue Phosphore, numéros de mars 2002 et de janvier 2003, et les sites internet suivants:
http://membres.lycos.fr/jacques92/
http://www.mobilou.org/index.html